Dernièrement, un documentaire sur Hitler et son ouvrage Meine Kampf retraçait son histoire tout en indiquant que ce livre reste plus que jamais d’actualité. Certains le lisent par curiosité historique, d’autre comme une réponse à leurs questions sur les juifs. Beaucoup croient toujours à la théorie du complot. Elle est particulièrement incarnée par les Protocoles des Sages de Sion, faux document créé au début du XXe siècle par un faussaire antisémite russe, dans le but de « prouver » cette prétendue conspiration. Le texte tendait à faire croire qu’il existait un programme mis au point par un conseil de sages juifs voulant anéantir la chrétienté et dominer le monde. Le livre est composé de récits supposés être les comptes-rendus d’une vingtaine de réunions secrètes exposant un plan secret de domination du monde. Ce texte fut repris par Adolf Hitler. Depuis lors il n’a cessé d’être lu et amplement diffusé. On le retrouve également dans la théorie de ZOG, apparue dans les milieux d’extrême droite aux Etats-Unis.
L’antisémitisme et le monde arabo-musulman
La théorie du complot connaît aujourd’hui une nouvelle popularité au Moyen-Orient. Dans les pays comme l’Egypte, la Turquie, la Palestine, Meine Kampf est un best seller fascinant la jeunesse. Des pays n’ayant pas vécu la guerre contrairement aux pays du Maghreb où les hommes participèrent à la victoire contre le nazisme. Malgré tout, au Maghreb même, tout n’est pas blanc, comme l’a révélé le roman « Le village de l’Allemand » (Boualem Sansal) partant d’une histoire vraie, celle d’un ancien officier SS, ancien moudjahid, naturalisé algérien et converti à l’islam, ayant beaucoup fait pour le village et considéré comme un héro, non seulement pour son combat pour libérer l’Algérie mais aussi pour son passé nazi… La falsification de l’histoire, la propagande en Algérie a mis dans l’esprit de certains que la Shoah serait une invention des juifs ou tout au moins exagérée… Le président Amadinejab d’Iran est connu pour ses multiples diatribes et menaces contre l’Etat d’Israël et pour son révisionnisme (remise en question de l’histoire officielle de la shoah). Il a même organisé une réunion internationale regroupant des révisionnistes venus du monde entier débattre de la réalité des tors subis par les juifs durant le pouvoir nazi. La plupart des dirigeants du moyen et proche orient s’en offusquèrent pourtant : être antisioniste (le sionisme est un mouvement politique visant à l’établissement d’un Etat juif en Palestine afin de rassembler le peuple juif dans un seul pays, dans une nouvelle Sion) n’est pas renier la souffrance passée des juifs.
Les juifs et le 11 septembre
La théorie du complot évolue. Une rumeur s’est propagé de l’absence des juifs dans les tours le jour de l’attaque du 11 septembre, de l’absence d’enterrement juif suite à l’évènement comme s’ils avaient été avertis… Cette idée a été diffusée entre autre sur la chaîne Al-Jazeera qui fut obligé de démentir par la suite. Pourtant ses téléspectateurs continuent à le croire. Une rumeur d’un complot américain ayant planifié l’attentat afin d’amener ses troupes en Irak pour commencer, suit le même raisonnement. Et l’antiaméricanisme ressemble fort à de l’antisémitisme… sur les juifs d’Amérique (en effet, l’influence des juifs sur l’Amérique et le gouvernement américain est une croyance répandue, et ceux-ci auraient un mobile, si on peut dire, par la menace que porte le moyen orient sur l’Etat d’Israël, entre le président iranien et Saddam Hussein attaquant régulièrement Israél….).
De la grande importance donnée à la Shoah et de la politique israélienne
Seulement apparaît souvent un agacement pour cette histoire mise en avant, laissant trop dans l’ombre l’histoire de l’esclavage par exemple, ou la répression d’autres catégories de personnes par le nazisme. Cette « injustice » selon certain les confirment dans cette idée que les juifs contrôlent le monde (économique, politique, médiatique, culturel), ceci renforcé par l’exemple de l’Etat d’Israël et sa répression. La victime devenue bourreau ? Le juif vivant dans le monde arabo-musulman dans une paix relative, la cohabitation respectueuse de deux peuples cousins dans leurs cultures et langues, le monde arabo-musulman n’ayant pas de sang sur les mains à l’époque de la collaboration européenne avec Hitler, ce monde rejette le juif depuis l’instauration de l’Etat d’Israël par solidarité avec le peuple palestinien dépouillé de la quasi-totalité de ses terres. Ces juifs du moyen orient depuis des millénaires, renvoyés en Israël contre leur gré, soupçonnés d’être de potentiels espions d’Israël, allant grossir encore la population d’Israël… Ces juifs poussés à partir par les sionnistes… Ces juifs victimes de l’exportation du conflit en occident, ne se sentant plus en sécurité, partent en Israël qui, malgré les attentats, reste plus sécuritaire…
Dieudonné est un exemple flagrant, mêlant dénonciation de cet abattage médiatique sur la shoah et l’antisémitisme, dénonciation de la politique d’Israël et de sa répression sur le peuple palestinien, de ce lobby (groupe de pression) puissant qu’est le lobby juif dans le monde (alors que le lobby musulman a acquis une certaine puissance…) et de leur pouvoir financier maintenant les autres sous leur influence.
« Mes excuses »
Dans son spectacle«Mes excuses», Dieudonné remonte l’histoire jusqu’à Montesquieu, philosophe des Lumières, l’accusant de racisme en citant un extrait de son ouvrage “De l’esprit des lois”. Pourtant cet homme d’ascendance chrétienne, a voulu dans ce livre dénoncer l’esclavage.
On peut citer :
« Dans la démocratie, où tout le monde est égal, et dans l’aristocratie, où les lois doivent faire leurs efforts pour que tout le monde soit aussi égal que la nature du gouvernement peut le permettre, des esclaves sont contre l’esprit de la constitution; ils ne servent qu’à donner aux citoyens une puissance et un luxe qu’ils ne doivent point avoir » ( Livre XV, Chap I, De l’esclavage civile)
« J’aimerais autant dire que le droit de l’esclavage vient du mépris qu’une nation conçoit pour une autre, fondé sur la différence des coutumes ». (Livre XV, chap III Autre origine du droit de l’esclavage).
Dans son spectacle, Dieudonné cite un extrait du chapitre V du livre de Montesquieu :
“On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir”
La lecture de l’ensemble de cet ouvrage rend évidente de l’ironie de cette phrase. Le chapitre concerné reprend des arguments de son époque pour mieux les démonter. D’autant qu’il introduit son chapitre par «Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais: [...]». Le philosophe emploie un procédé très répandu à l’époque, celui de démontrer l’absurdité de la position esclavagiste en dressant un réquisitoire en forme de plaidoyer. Comment donc cette fausse interprétation du texte et l’erreur sur les origines de son auteur n’a pas été remarqué par son public ? De plus, son spectacle veut aussi se jouer de l’esprit des Lumières, pourtant regroupant des philosophes ayant pour trait commun leur opposition à l’esclavage et au colonialisme. Et étaient-ils juifs ? Certains, oui, mais la plupart était d’ascendance chrétienne…
Le rapprochement de Dieudonné d’avec Le Pen, réel ou provocateur, illustre bien la méthode du Front national unissant des ennemis sous la même enseigne. Noirs se méfiant des juifs. Arabes se méfiant des juifs. Français se méfiant des juifs, des noirs, des arabes. Le Pen qualifiant les chambres à gaz de « détail » de la seconde guerre mondiale a pu conforter dans ses idées une partie de son électorat.
Des relations entre chrétiens et juifs
Le christianisme a un lourd passé avec les juifs. Entre la répression dû à la trahison de Juda sur jésus et la non reconnaissance des juifs de leur prophète ainsi que leur volonté de le mettre à mort… Le Vatican accusé de collaboration, d’avoir caché des nazis en son sein quand en parallèle de nombreux religieux se battaient au côté des résistants, cachant des juifs, soignant des résistants ou les aidant à fuir… Dans les années 60, le concile Vatican II est un tournant dans le rapprochement chrétiens-juifs, rappelant les origines juives du Messie et réhabilite le peuple juif, dans la déclaration Nostra Aetate :
« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ. En outre, l’Église qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. »
Le cardinal Mgr Jean-Marie Lustiger, de par ses ascendances juives, a joué un rôle pionnier dans les relations entre la communauté juive et le Vatican. Il a exercé un rôle d’influence très important durant le pontificat de Jean-Paul II. Après sa mort, le Congrès juif mondial a tenu à rendre hommage à son action positive en faveur des relations entre juifs et chrétiens. Ces actes de rapprochement continuent. Au mois d’avril, le pape Benoit XVI s’est rendu dans une synagogue de New York exprimant son respect pour la communauté juive.Mais les relations chrétiennes-juives restent tendues et ambigües. Les juifs continuent de se méfier des chrétiens. Les chrétiens prônent l’amour des juifs mais les rencontrent peu.
L’antisémitisme est porté par toutes sortes de personnes. Souvent caché derrière un antisionisme et un désaccord avec la politique d’Israël, elle déborde souvent vers une généralisation des juifs dans le monde. Souvent, partant d’un phénomène particulier comme les juifs présents au temps de la crucifixion du Christ et Juda en particulier, les israéliens, certains tenants du pouvoir que ce soit financier, politique voire même culturel et artistique, sont devenus les modèles de l’image populaire du juif traitre, cupide et dominateur. La question juive n’a pas fini de nourrir toutes les frustrations.
Leyla