Les petites mains invisibles du Bénin
avril 28, 2008 par myriamlep
Les derniers chiffres avancés en octobre 2007 par l’UNICEF font état de 200 000 esclaves parmi les enfants béninois. Un chiffre approximatif, au vu de l’élasticité des frontières en Afrique de l’Ouest et du contrôle difficile du trafic d’enfants. Le Bénin bénéficie pourtant
d’une relative stabilité économique et politique…
Elu en avril 2006 à la tête du Bénin, le président Boni Yayi incarne le renouveau démocratique. Prônant une « république coopérative et solidaire », il donne à son mandat quatres axes: les ressources humaines, une gouvernance concertée, le développement de l’esprit d’entreprise et la construction de nouvelles infrastructures.
Si ces principes directeurs, énoncés clairement, participent à la bonne image du pays, l’anaphabétisme reste fort de même que la mortalité infantile.
Parmi la population béninoise constituée à 49 % de moins de 15 ans, quatres catégories d’enfants se démarquent: le vidomengon, l’enfant travailleur, l’enfant de rue, et l’enfant sorcier. Le terme« vidomengon », renvoie à l’enfant placé chez une tierce personne, soumis aux tâches domestiques. Cette dernière situation, assez fréquente, est culturellement ancrée dans les mœurs. En effet, pendant des décennies, les enfants issus des familles pauvres étaient confiés à des proches plus nantis en échange d’un travail domestique. Dans les régions démunies, cette tradition est devenue une véritable source de revenu. Néanmoins, elle génère des abus: asservissement de l’enfant, mauvais traitements… L’enfant né avec une anomalie, quant à lui, est considéré selon certaines traditions comme « enfant sorcier » et livré à son propre sort. Il en va de même de l’enfant des rues qui est à la merci de l’esclavage et de l’exploitation sexuelle.
Dans les carrières à la frontière du Nigéria, on retrouve la dernière catégorie « l’enfant travailleur » qui est exploité et travaille dans des conditions déplorables.
L’ensemble de ces situations représente une menace grave pour l’équilibre physique, psychologique et relationnel de l’enfant. A l’origine de ces maux, on peut facilement évoquer le manque de contrôle du trafic interne et transfrontalier d’enfants (Nigéria). Cependant, l’extrême misère et le manque d’information des dangers d’un tel phénomène participent également au problème. Afin de subvenir aux besoins d’une famille, on envoie un enfant travailler à l’extérieur du foyer. Il ne sera généralement pas scolarisé, analphabète et donc, socialement exclu.
Depuis 2006, des négociations auprès des responsables du trafic sont planifiées régulièrement par des associations, de même que la réinsertion d’enfants exploités (UNICEF et Terre des Hommes). En parallèle, des actions de sensibilisation populaire et politique sont menées. Le voile du silence se lève enfin sur l’existence de ces petites mains invisibles qui participent à l’économie souterraine du Bénin et qui sont l’avenir du pays.
Myriam
Eh oui, il y a des pays ou l’abrutissement des hommes n’a pas de limites…